
Cela fait maintenant 3 mois que je voyage en Amérique du sud. La Bolivie, le nord du Chili et de l’Argentine. Je suis désormais en Patagonie où je continue tranquillement ma descente vers Puerto Williams, le vrai village du bout du monde (non ce n’est pas Ushuaia mais nous en parlerons une autre fois).
Sur mon itinéraire, j’ai un arrêt prévu à Puerto Natales et le parc national Torres del Paine. Depuis les débuts de préparation de ce voyage, j’ai envie de faire le W trek, 86km en 5 jours. Le problème : le coût. Pour réserver les refuges + repas pendant le trek il faut compter 1000€ de budget et clairement ça ne passe pas. J’abandonne donc l’idée en me disant que je ferai des randonnées à la journée dans le parc. Mais ce trek me travaille. Je passe mon temps à y penser. Alors je me décide : je ferai ce trek mais en réservant seulement les refuges et je partirai en autonomie de nourriture…une première pour moi. Et à peine cette décision prise, je ressens un mélange de stress et d’excitation.
La préparation
Le voyage continue mais je me demande régulièrement ce que je vais emmener dans mon sac…
Niveau vêtements c’est facile : une tenue pour randonner + une tenue propre pour le soir. J’emmène juste une paire de sous-vêtements de rechange au cas où ils n’ont pas eu le temps de sécher dans la nuit (je lavais mes sous-vêtements à la main tous les soirs). Evidemment, ma doudoune et mon kway sont de la partie.
Le problème c’est pour la nourriture : je n’ai jamais fait de trek en autonomie de nourriture et je doute beaucoup sur les quantités : je ne veux pas en prendre trop car ça pèse mais je ne veux pas non plus avoir faim. Je n’ai même pas de réchaud donc ça limite les options.
Je choisirai donc le menu suivant identique pour 5 jours :
-petit déjeuner : banane / pain de mie / fruits secs
-déjeuner : wrap tomate-avocat / prune
-diner : pâtes (cuites avant le départ) tomates-avocat
-snack : fruits secs / barres de céréales / une tablette de chocolat en cas de coup dur
Ça ne vend pas du rêve surtout quand on pense que j’ai mis des heures à établir ce menu mais bon passons.
On y est c’est l’heure du départ
On est la veille du trek, je suis à Puerto Natales, mon sac est prêt donc je teste de le mettre sur mon dos et là c’est la panique. Mon sac est lourd et je me dis que je ne pourrais jamais le porter sur tout le trek. S’en suis un quart d’heure dans ma chambre à me dire non je n’irai pas tant pis j’ai perdu de l’argent ce n’est pas grave je me suis enflammée je n’aurais jamais dû me lancer dans un tel projet.
Et puis au bout d’un quart d’heure je me calme un peu et je me dis ok avant de tout annuler je dois tester. Et me voilà donc partie à marcher pendant 1h dans les rues de Puerto Natales, à monter et descendre la seule côte que j’ai trouvé avec mon sac sur le dos. La dame qui me regardait depuis sa fenêtre a dû penser que j’étais une grosse folle…
Mais voilà ça fait une heure que je marche et je suis encore debout. Oui mon sac est lourd mais j’arrive à le porter et puis il va s’alléger au fur et à mesure des jours donc c’est décidé je tente l’aventure. Le stress est bien présent mais j’ai aussi hâte d’être le lendemain et de me lancer.

Jour J
Réveil matinal pour prendre le premier bus direction l’entrée du parc national. J’étais passée par la compagnie Bus-Sur pour 3h de trajet jusqu’au terminal de ferry Pudeto au prix de 15€.
Attention, il faut acheter le billet d’entrée pour pouvoir randonner dans le parc.
Le règlement a changé : dans le passé, le billet de ferry s’achetait uniquement sur place en cash. Maintenant, il faut l’avoir acheté en avance.
Il y a un vent de folie et juste embarquer sur le ferry est compliqué. Ils nous font monter un à un en nous disant de partir collé côté droit du ponton. Après un pas, tu te retrouves collé côté gauche du ponton…autant vous dire que ça s’annonce bien.
Jour 1
Après une traversée un peu mouvementée, me voilà à Paine Grande, le point de départ du W trek. Je me pose un peu histoire de laisser partir les gens et d’être tranquille pour randonner à mon rythme et puis je me lance. Au programme 11km pour rejoindre le refuge Grey. Sur le papier ça parait facile mais en pratique c’est une tout autre histoire. Avec le vent c’est difficile de tenir debout et il faut donc toute ma concentration pour avancer et contrôler où poser mes pieds sur le sentier.
Honnêtement sur une randonnée à la journée j’aurais fait demi-tour mais là pas le choix je dois continuer. À un moment, je me dis que c’est dommage de passer mon temps à regarder mes pieds et qu’il faudrait aussi que je profite du paysage. Je m’arrête de marcher. 5 secondes plus tard le vent a eu raison de moi et je suis sur les fesses… Conseil à moi-même : si je veux profiter du paysage aujourd’hui, je dois m’asseoir ou au moins poser mon sac à dos…
Je mets du temps à parcourir ces 11km mais ça y est je le vois : le refuge Grey. J’ai donc réussi ma première journée de trek en autonomie de nourriture et c’est avec un grand sourire aux lèvres que je franchie la porte du refuge.

Jour 2
Je suis la première à quitter le refuge pour aller voir le glacier Grey. Je m’offre un petit déjeuner avec vue sur le parcours. Le point de vue se situe à 4km du refuge où j’ai laissé mon gros sac puisque je devrai y repasser pour continuer le trek. Avec juste un petit sac sur le dos et pas de vent, j’ai l’impression de voler. Le problème : il y a deux ponts suspendus à traverser et j’ai une peur panique des ponts suspendus. Je ferai donc appelle à tout mon self contrôle (plus les encouragements d’une autre randonneuse) pour les traverser.
Le spectacle en vaut la peine, je pourrais rester pendant des heures à admirer le glacier. Mais j’ai 15km à parcourir pour arriver au refuge Paine Grande où je passerai la nuit donc à un moment donné il faut repartir. Je récupère mon sac au refuge Grey et je me lance sur les 11km identiques à ceux parcourus la veille. Pourtant sans le vent je peux regarder les paysages et j’ai l’impression de découvrir le sentier. Les kilomètres s’enchainent tranquillement et j’arrive au refuge sans souci.

Jour 3
Une nouvelle alerte météo vent violent a été émise à partir de 15h et je ne veux pas revivre la galère du jour 1. Je me lève donc à 5h pour partir à la lumière de ma lampe frontale. Au programme : 25km. Je suis seule sur le sentier et je m’offrirai un petit déjeuner en regardant le soleil se lever. J’arrive au camping Italiano pour laisser mon gros sac direction le Mirador Britanico. J’arrive tellement tôt que le garde forestier n’a pas encore enlevé la chaine bloquant l’accès au sentier.
La fatigue se fait sentir sur la montée mais les paysages sont magnifiques et nous sommes seulement deux à profiter du point de vue en haut (beaucoup de personnes ne vont que jusqu’au Mirador Frances et font demi-tour). Une fois redescendue du Mirardor, il me reste à parcourir 6km jusqu’au refuge Cuernos. J’aurais préféré dormir au refuge Francès (plus proche) mais il n’y avait plus de place quand j’ai réservé. Le vent se lève mais j’aperçois déjà le refuge. J’ai bien fait de partir de bonne heure car les rafales de vent s’enchainent sur le reste de la journée.

Jour 4
J’ai seulement 11km pour rejoindre le refuge centrale. Le temps est magnifique (contrairement à la météo annoncée pour le jour suivant) et j’ai donc hésité à me réveiller de bonne heure pour monter voir les tours sur mon jour 4 (et donc ne pas randonner le jour 5). Si je regarde la météo, c’est la bonne décision. Le problème c’est que ça me fait randonner plus de 25km avec beaucoup de dénivelé et je ne suis pas sûre d’avoir les jambes. J’hésite un moment et finalement je décide de rester sur mon plan initial. Et au final ça fait du bien de dormir un peu le matin et de partir tranquillement. Arrivée au refuge centrale, le casse-tête d’organiser le jour suivant commence vu les prévisions météos annoncées…

Jour 5
10km pour rejoindre le point de vue le plus emblématique du parc : le mirador las Torres (et évidemment 10km ensuite pour revenir à mon point de départ). Il a plu toute la nuit. La pluie s’arrête enfin à 4h du matin. Je pars donc à 4h30 à la lumière de ma lampe frontale. J’avais trouvé des gens pour partir avec moi mais apparemment ils ne se sont pas réveillés et ce qui devait arriver arriva : je me suis perdue.
Quand j’ai réalisé que je n’étais plus sur le chemin j’ai eu un coup de panique. Je ne vois rien autour de moi, les pumas présents dans le parc sortent surtout au lever du soleil et je me dis que si je dois attendre sans bouger le lever du soleil pour retrouver mon chemin je vais finir en hypothermie. Autant vous dire que je me vois déjà finir congelée et attaquée par un puma. Ce moment n’est que de courte durée et je me dis que réfléchir sera plus constructif que de paniquer. Je sors donc mon téléphone et sa trace GPS (si vous ne connaissez pas l’application Organic Maps, c’est le moment de l’installer. Elle est gratuite et fait GPS même sans connexion si vous avez téléchargé la carte en amont). Je suis sur la gauche du chemin. Je me mets donc à couper à travers champ en direction du chemin. Une barrière escaladée et une petite rivière traversée plus tard, je retrouve le chemin et je pousse un cri de joie.
Je sais que j’ai perdu du temps et si je veux voir les tours avant que la météo devienne trop mauvaise, il ne faut pas que je m’égare. La montée jusqu’au camping Chileno se passe étonnamment bien pour un cinquième jour de trek. À partir du camping, la montée se fait dans les cailloux et sous la neige donc ça pique un peu. Mais ça en valait la peine. La météo n’est pas top mais je vois les tours et je suis fière de moi : je l’ai fait.
Je reste une heure au sommet à admirer le paysage. Je me décide à redescendre car j’ai vraiment trop froid et je ne sens plus mes orteils… La première partie de la descente est un peu technique dans les rochers mais je descends sans souci. La suite se complique : j’ai vu tous les beaux paysages et la fatigue se fait sentir. J’ai juste envie de me poser mais le vent et la pluie se sont levés sur la montagne et je sais que je dois descendre tout de suite pour éviter d’être en montagne avec le mauvais temps. C’est la seule chose qui me pousse à avancer et j’arrive claquée au refuge. J’avais réservé un bus en fin de journée mais j’ai juste envie de rentrer à Puerto Natales et je commence donc à faire du stop. Un gentil américain s’est arrêté et m’a ramené jusqu’à mon auberge de jeunesse.

En conclusion
Avant tout un grand sentiment de fierté. C’était mon premier trek en autonomie de nourriture et j’ai réussi à aller jusqu’au bout. Il y a eu des moments plus compliqués que d’autres mais j’en garde un super souvenir. Les paysages sont incroyables et variés tout au long du chemin. J’ai terminé ce trek en me disant je l’ai fait, j’ai dépassé mes peurs et mes doutes et ça m’a permis de vivre une super expérience.
Bons plans
Le W trek peut se parcourir dans les 2 sens : Est vers Ouest (de las Torres à Grey) ou de l’Ouest vers l’Est (de Grey à Las Torres). Moi je l’ai fait de l’Ouest vers l’Est. Honnêtement c’était un peu par hasard en fonction des dispo en refuge mais je recommande ce sens là pour deux raisons. La première si tu commences par Las Torres, tu vas te retrouver à faire la montée avec tous les gens qui viennent faire la rando à la journée et du coup le sentier est plein de monde tu ne peux pas marcher à ton rythme et ça devient la galère de monter à la file indienne. La deuxième raison c’est la portion camping Italiano refuge Cuernos. Elle est plus simple dans ce sens là que dans le sens inverse.
Pour voir les disponibilités de logement, je te conseille le site de TorresHike.
Ça te permet de voir si il reste de la place dans les refuges en fonction de tes dates et ça te fait gagner du temps plutôt que de vérifier par toi-même puisque les réservations se font sur deux sites différents. Tu peux tout réserver sur Torres Hike mais ils te prennent environ 100$ de frais de réservation… Donc personnellement j’avais vérifié les dispo sur leur site et après j’avais réservé par moi-même sur les sites de Vertice et Las Torres.
Si tu fais le trek dans le sens Ouest vers Est et que tu as le choix sur les logements, je recommande : Grey, Torres del Paine, Francès (plutôt que Cuernos) et Chileno (plutôt que Centrale). Ça permet de mieux diviser les efforts entres les jours. Bon moi j’ai dormi à Cuernos et Centrale et ça se fait bien aussi comme ça.
Je recommande également d’acheter le billet de bus retour avant de partir. Il y a peu de bus tous les jours donc mieux vaut anticiper. Si il reste de la place, vous pourrez changer votre horaire mais au moins vous vous assurez de pouvoir rentrer à Puerto Natales après avoir passé 5 jours à marcher.
Tous les campings et refuges ont l’eau potable. Par contre, il n’y a absolument rien pour cuisiner donc emmener votre réchaud ou faites comme moi et prévoyez de la nourriture déjà prête à manger (peut être que vous serez plus inspirés pour les menus).
J’ai rencontré des gens qui avaient pris l’option repas inclus dans les hébergements et je ne recommande pas (le diner pourquoi pas). Le petit déjeuner vous bloque sur l’heure de départ et le déjeuner est vraiment très léger pour le prix facturé.
Si c’était à refaire, j’emmènerai un réchaud et des repas déshydratés. Ça pèse moins lourd et ça permet de varier un peu les repas.
Mais au final je me souviens de la beauté du trek et du dépassement de soi ; pas du poids de mon sac ou des repas alors même si tu n’es pas totalement équipé, fonce. L’aventure a plein de choses à t’offrir. Et si tu as besoin, je peux t’accompagner dans la préparation.

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